Communauté de communes de Cadouin

Étymologie du nom

Formes anciennes : Badafol (cartulaire de Cadouin, acte de 1120), Badafollum (1364), Badeffou (XVIIe).
L’étymologie la plus commune de ce nom est donnée par Albert Dauzat1 qui décompose ce nom en deux termes : badar (ouvrir), et fol (fou), ouvre fou. Etymologie basée sur une légende populaire mais qui est loin d’être satisfaisante. Badefols est assez rare comme toponyme, il ne se relève qu’en Périgord, et d’autre part, nous n’avons comme graphies anciennes que celles datant du XIIe siècle, relevées sur le cartulaire de Cadouin. Il s’est donc probablement passé plusieurs siècles de prononciation avant les mentions du cartulaire, d’où le risque que la forme graphique soit déjà réduite, altérée, et mal interprétée. Mais comme nous n’avons pas d’autre alternative pour étudier l’origine du nom, il faut donc s’en tenir à celles-ci.
Une découverte archéologique datant de 1860 nous ouvre quand même une autre perpective de recherche, bien qu’aucun texte historique ne puisse affermir notre point de vue. Cette trouvaille permet de s’en référer aux phénomènes de désignation des lieux le plus commun. Désignation qui s’est répétée avec une similitude remarquable depuis l’époque antique. A savoir la dénomination d’un lieu à partir du nom du premier occupant et fondateur. L’objet découvert dans un champ voisin au village et une pierre tombale portant une inscription datant de l’époque mérovingienne : «Anniberto centenario pedatore vilat esse francorum». Madeleine Bonnelle qui fut la première à en parler, l’a qualifiée de «la pierre qui parle»2. Et bien que le nom de Badefol n’apparaisse pas dans cette inscription, l’objet mérite à cet égard un examen plus attentif.
Nous apprenons qu’un franc nommé Annibert fut inhumé à Badefols. Ce qui atteste que l’occupation du site est antérieure au Moyen-Age. Nous sommes aussi informées que ce personnage était un centenier, c’est à dire un chef de troupe ayant à sa charge un secteur appelé centaine. Il est donc évident que le nommé Annibert résidait à Badefol, place forte situait à la fois en bordure d’une rivière et d’une voie antique qui reliait Périgueux à Cahors. Des traces archéologiques relevées au XIXe siècle, ont révélé qu’un vieux castrum avait précédé le château féodal au sommet de la colline. L’endroit est idéal pour contrôler le trafic routier et fluvial. De ce poste, rien ne pouvait échapper aux guetteurs en position. Compte tenu de toutes ces données, nous pouvons maintenant échafauder une hypothèse sur l’origine du nom.
Annibert est le seul personnage de l’époque mérovingienne dont nous ayons la trace grâce à une découverte fortuite, mais il a peut-être eu des prédécesseurs, et le nom de l’un de ces personnages a très bien pu servir à désigner l’endroit. Et ceci d’autant plus que dans un lexique de noms germaniques donné par Marie-Thérèse Morlet3 dans l’un de ses ouvrages, on relève Baudulfus, nom composé à partir de deux termes germaniques : bade, combat, et - (w)ulfus, loup.
Nous avons la certitude que le second terme -wulf >ulfus, a abouti à la finale «-ol». Exemple : Arnwulf > Arnol, passés à Arnoul et Arnouil en zone occitane ou encore Adwulf >Adol, Adolf et Adoul. Dans ce cas, une évolution de Bade-ulfus vers Badefol n’est pas une utopie.
La graphie ancienne de 1364, Badafollum, semble indiquer qu’à cette époque, le second terme a été interprété comme le suffixe latin «eolu». Mais ceci ne change rien, puisque ce suffixe a également abouti à la terminaison moderne «ol», comme dans Pujol, Poujol,
Pouyol, venant du latin podium >poy-olum. La terminaison du nom en «ol» ne nous pose donc plus de problème. Dans un cas comme dans l’autre nous aurions eu le même résultat. L’évolution de Baudulfus > Bodefou > Badefol (1120), est explicable. Badar-fol l’est moins, d’autant plus que cette étymologie n’a aucun sens toponymique. Les noms sont attachés à l’histoire du lieu qu’ils désignent, leur étymologie ne s’explique jamais à partir d’une légende populaire. Les règles de désignations sont assez connues, même si les noms ont été donnés spontanément, ils s’en réfèrent toujours, soit à la topographie du lieu, soit à la végétation qui y prédomine, soit au nom du fondateur ou premier occupant, ou à celui du saint patron de la paroisse.
Le nom du fondateur est un critère de nomination très courant, et ceci dès l’époque gallo-romaine. Une multitude de noms de lieu, notamment ceux terminés par le suffixe acum, ont été composés à partir du nom du premier occupant de la villa. Par exemple Priscinius a donné Pressignac, Icius > Issac, Julius > Juillac etc…Aux époques suivantes ce système a continué : Maurengus > Maurens, Deudo-ville > Douville, et un peu plus tard, Mont Liderich a donné Mouleydier. Au Moyen-Age, on continuera à donner aux lieux le nom d’un occupant : la Rochefoucault, la Roche-Guyon ou bien les noms de domaine, la Robertie, de Robert, la Jaubertie, de Jaubert, etc…Les exemples sont multiples.
Si l’apport de noms germaniques de l’époque mérovingienne est assez rare dans la zone sud de la France, elle n’est toutefois pas totalement nulle. Le nom Mouleydier en est la preuve. Le lieu avait les mêmes caractéristiques que Badefols : un castrum surveillant la traversée de la rivière. Une voie antique passait aussi à Mouleydier.
On peut ajouter les noms de trois villages baptisés à partir du nom des ethnies germaniques qui ont occupé l’endroit : Allemans près de Ribérac et Allemans du Drop, venant des Alamans, et Gout, aujourd’hui commune de Gout-Rossignol qui tient son nom d’une colonie de Goths.
En conclusion, Badefol, est probablement à classer dans la série des noms d’origine germanique.
Jusqu’au début du XXe siècle, le village portait le nom de Badefols de Cadouin. Cadouin servait d’épithète afin de le dissocier de Badefols-d’Ans, autre commune du département ayant appartenu au Gontaut de Badefol. Aujourd’hui, le village porte le nom de Badefols-sur-Dordogne. Avant celui-ci, il existait sur la colline près du château, un autre village dont on pense qu’il portait le nom du saint patron, saint Vincent, mais aucun document n’atteste cette appellation. Les ruines étaient encore visibles au XVIIe siècle4 et l’église est la paroisse actuelle sont toujours sous le patronage de saint Vincent.

Christian Bourrier est l'auteur de cette recherche 


1. Dictionnaire étymologique des noms de lieux de France. Librairie Guénégaud.
2. La photo de cette pierre est dans le livre de Madeleine Bonnelle. Badefols. Editions Fanlac. 1987.
3. Les noms de personne sur le territoire de l'ancienne Gaule. Editions du CNRS. 1985.
4 .Voici la traduction de la description de Jean Tarde au XVIIe siècle: "En ce même siècle (XIIIe), la ville de Badefol était en son entier, sise et située sur la colline qui est au dessus du château, de laquelle il ne reste à présent que l'église Saint Vincent qui était presque au milieu de la ville, et les fondements des murailles qui paraissent encore dans les bois."


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Nous sommes le 09.09.2010
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